Espace naturel situé à l'interface entre la terre, le fleuve et la mer, l'estuaire de la Seine est façonné depuis plus d'un siècle
par l'homme et ses usages : navigation, activités portuaires et industrielles, agriculture, chasse. Aujourd'hui, il présente une mosaïque
de milieux riche et variée, berceau d'une biodiversité qui l'est tout autant, qui a justifié son classement en réserve naturelle. Pour
être conservés, ces milieux naturels nécessitent néanmoins d'être gérés de manière adaptée.
Le plan de gestion de la réserve naturelle encadre les différentes activités - agriculture, coupe de roseau, chasse - de manière à ce
qu'elles répondent aux objectifs de conservation des milieux tels que les roselières, les prairies humides et les mares.
Il définit également l'ensemble des actions de suivi scientifique, de gestion, de surveillance et d'information mises en ouvre par le
gestionnaire.
Plus précisément, en matière de gestion, la Maison de l'Estuaire :
La gestion de l'hydraulique
La réserve naturelle de l'estuaire de la Seine est une zone humide alimentée en eaux saumâtres et en eaux douces de diverses origines :
- zone de mélange entre les eaux douces du fleuve et les eaux salées de la Manche, l'estuaire de la Seine est également soumis aux
marées. Ces dernières recouvrent deux fois par jour l'estran de leurs eaux saumâtres. Lors des très forts coefficients de marée , le
marnage peut atteindre jusqu'à 8 m, entraînant une inondation importante des terrains soumis à la marée.
- une nappe phréatique, alimentée principalement par les eaux douces de l'aquifère de la craie et par les eaux saumâtres
de l'estuaire, circule à quelques mètres de profondeur. Des résurgences alimentent toute l'année des sources situées au pied des falaises,
qui s'écoulent dans le marais de Cressenval. En hiver, il arrive également que le toit de la nappe, gonflée par les précipitations, affleure
par endroits sur le marais.
- les précipitations représentent aussi une source non négligeable d'alimentation du réseau hydraulique.
Au fil des deux derniers siècles divers aménagements (digues, canaux, routes, ponts), ont entraîné un cloisonnement des terrains de la réserve,
et généré trois grands secteurs hydrauliques :
- Secteur A : situé au sud d'une digue insubmersible formée par la route de l'estuaire et le chemin de halage, ce secteur est naturellement
soumis à l'influence des marées et occupé par des milieux tolérant des inondations régulières plus ou moins fréquentes, ainsi que des apports
en sels nutritifs et en sédiments.
- Secteur B : enclavé entre la digue insubmersible et le Canal de Tancarville, il n'est plus soumis naturellement aux marées. Néanmoins, il
est alimenté artificiellement via un réseau de fossés connectés à la Seine et d'ouvrages hydrauliques installés dans la digue, qui permettent
de gérer les niveaux d'eau et de maintenir ce secteur inondé en hiver.
- Secteur C : situé entre le canal de Tancarville et les falaises ; il est alimenté principalement par les eaux douces des sources du
pied de falaise.
Plusieurs opérations ont pour but d'améliorer les conditions de gestion de l'eau sur le marais.
Echanger au sein du Comité des Usages de l'Eau
La gestion de l'hydraulique est essentiellement assurée sur le secteur B, par le biais de la manipulation et de l'entretien de multiples ouvrages
hydrauliques. Toute la problématique tient dans l'équilibre très complexe à trouver entre les besoins en eau nécessaires au bon fonctionnement
des écosystèmes et les besoins des usagers (agriculteurs, chasseurs et coupeurs de roseau), qui fluctuent selon les pratiques et selon les saisons.
Un comité a été instauré par le préfet en 2009 pour faciliter la concertation entre le gestionnaire, l'Etat et les différents acteurs concernés
de la réserve naturelle.
Il se réunit régulièrement afin de définir au fil des saisons les niveaux d'eau à tenir dans les fossés, de discuter des travaux hydrauliques et
de traiter des problèmes particuliers rencontrés par les usagers.
Coupeurs de roseaux
Association des coupeurs de roseau de Normandie
Association des coupeurs de roseau de la Baie de Seine
Comité
des Usages de
l'Eau
Protection de la nature
HNNE
Estuaire Sud
Améliorer le fonctionnement du réseau hydraulique
L'un des objectifs prioritaires définis dans le plan de gestion est d'assurer une circulation optimale de l'eau et des espèces aquatiques
(plancton, petits invertébrés, crustacés, poissons) entre la Seine et les différents milieux de la réserve naturelle et tout particulièrement
ceux situés dans le secteur B (roselières, prairies humides et mares).
Pour ce faire, la Maison de l'Estuaire intervient chaque année
- pour maintenir voire restaurer les connexions hydrauliques et entretenir le réseau de criques et de fossés...
- pour entretenir voire rénover les ouvrages (vannes, clapets..), qui permettent de contrôler les entrées et les sorties d'eau et de
réguler ainsi les niveaux d'eau au sein du secteur B. Trois nouvelles vannes ont notamment été installées depuis 2010 afin d'améliorer
les conditions d'amenée d'eau au sein des prairies humides (section plus grande, entrée d'eau systématique par le biais de clapets), mais
aussi pour faciliter le retour en Seine des eaux jugées excédentaires grâce à un système de seuil ajustable selon les niveaux définis au
sein du comité des usages de l'eau.
Suivre les niveaux d'eau
Afin d'orienter les décisions et les actions de gestion, les niveaux d'eau sont régulièrement contrôlés sur différents points stratégiques de
la réserve, que ce soit au niveau de piézomètres installés dans le sol (suivi de la nappe), ou dans les fossés, à proximité des ouvrages
hydrauliques.
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Gestion des milieux
Les réserves de chasse
Dans l'ensemble de l'Estuaire de la Seine, les réserves de chasse et zones de non-chasses représentent 9969 hectares,
réparties en 5 grandes entités, la plus grande étant la Réserve Nationale de Chasse et de Faune Sauvage de la Baie de Seine située à
l'embouchure du Fleuve (8265 ha). A l'échelle de la réserve naturelle, ces zones de tranquillité représentent les 2/3 de sa superficie.
L'article 9 du décret portant création de la réserve naturelle fixe les objectifs de réduction de la pression cynégétique qui passent notamment
par « l'aménagement de zones de repos dans les réserves de chasse. »
Maintenir des milieux ouverts grâce au pâturage...
Avant même la création de la réserve naturelle, la première action de gestion menée dans l'estuaire fut l'installation par le Parc Naturel
Régional des Boucles de la Seine Normande (à l'époque CEDENA) d'un troupeau "semi-sauvage" de chevaux Camargue sur le "Banc Herbeux" au début des années 90.
Depuis 2010, la Maison de l'Estuaire a réorganisé les parcs afin d'accentuer ponctuellement la pression de pâturage en fonction des objectifs
écologiques et des espèces visées (oies, siffleurs.). D'autres secteurs ont également été mis en pâture en 2011. Le cheptel de la réserve se
compose aujourd'hui de 30 chevaux camarguais, 4 chevaux Konik Polski et 11 vaches Higland Cattle.
Restaurer des plans d'eau pour les canards...
Depuis 2008, plusieurs mares de chasse abandonnées lors de la création des réserves de chasse ont été remises en état. Une complémentarité entre
de vastes zones d'eau libre et des mares de taille plus petite permet aujourd'hui d'avoir un système fonctionnel qui répond aux besoins des
canards en période de migration et d'hivernage.
Aménager des îlots pour les oiseaux...
Plusieurs îlots de taille et de morphologies différentes ont été aménagés au centre de certaines mares afin de remplir divers rôles :
- reposoir de pleine mer pour les limicoles,
- lieu de repos pour les canards et les grands échassiers,
- et même lieu de reproduction d'une colonie d'une trentaine de couples d'Avocette élégante en 2011.
Au coeur de la RNCFS de Baie de Seine, un îlot de pleine mer de 1,5 ha a vu le jour en 2005, dans le cadre des mesures compensatoires de Port 2000.
L'îlot du Ratier est fréquenté par 58 espèces d'oiseaux, en majorité des limicoles et des laridés.
Travailler en concertation avec les structures cynégétiques...
La première réserve de chasse ayant vu le jour dans l'estuaire de la Seine est celle de l'ACMBS, ancêtre de l'actuelle ACDPM. Créée en 1966, la
réserve s'étend sur une surface de 26 ha au nord de l'ancien embarcadère du Hode. En 2010, la Fédération des chasseurs de Seine-Maritime l'ACDPM
et la Maison de l'Estuaire ont décidé de mettre leurs compétences en commun afin de rédiger un plan de gestion visant à améliorer les capacités
d'accueil de cette entité.
Suivre pour mieux gérer...
Afin d'évaluer la pertinence des opérations de gestion, plusieurs suivis sont effectués. Si les oiseaux sont évidemment la cible première des
préoccupations du gestionnaire, ils vont de paire avec les habitats naturels qui les accueillent. Ainsi l'impact du pâturage sur l'évolution de
la végétation va permettre d'adapter au fil des ans les périodes de mise en pâture et les chargements dans l'objectif d'améliorer les conditions
de stationnement des populations d'oies cendrées. La végétation des mares conditionne également la présence des canards, qui viennent s'y alimenter
la nuit. Des suivis floristiques menés parallèlement aux comptages des oiseaux permettent donc de fixer et d'adapter les modalités de gestion
des plans d'eau (niveaux d'eau, curage.).
Les mares dites "orphelines"
D'anciennes mares remises au goût du jour...
Au fil de l'évolution morphologique de l'estuaire et de la création des réserves de chasse, des mares de chasse ont été abandonnées et sont
devenues 'orphelines'. Soustraites à toute forme de gestion pendant plusieurs décennies pour certaines, ces mares se sont naturellement refermées,
colonisées par la végétation environnante.
Une centaine sont réparties sur le territoire de la réserve naturelle. Au vu de leur potentiel écologique et des possibilités d'aménagement,
le gestionnaire mène depuis 2008 un vaste programme de réhabilitation, avec pour objectifs de favoriser une meilleure expression des habitats
aquatiques et humides.
De gros travaux au service de l'environnement...
Ainsi une quarantaine de mares ont fait l'objet de travaux de restauration plus ou moins lourds. Du curage du fond de la mare à la fauche de la
végétation des bordés par l'intermédiaire de la traction animale (notamment par l'intermédiaire de Bruno Buttard) en passant par l'installation
d'ouvrages hydrauliques ou l'aménagement d'îlots pour les oiseaux, les moyens mis en oeuvre sont nombreux.
Une gestion différenciée et complémentaire aux mares de chasse...
Si une attention particulière a été porté sur les mares en réserve de chasse, une dizaine d'entres-elles ont été restaurée sur le territoire
chassable de la réserve. Ces mares sont autant de "laboratoires", qui permettent d'expérimenter des modes de gestion différents de ceux pratiqués
sur les mares de chasse. Une gestion hydraulique plus proche d'un fonctionnement "naturel" et un entretien plus ciblé des bordés sont les deux
fers de lance du programme d'entretien.
Ramassage des déchets
En réduisant les quantités de déchets qui s'accumulent çà et là sur la réserve et notamment sur les berges de la Seine, l'objectif est d'améliorer
la qualité du milieu :
- en limitant les risques de pollutions de l'eau et des sédiments,
- en limitant la mortalité pour la faune (oiseaux, amphibiens, micromammifères, insectes .),
- en améliorant la qualité de la laisse de mer,
- en ralentissant dans certains secteurs l'exondation des terrains,
- en améliorant la qualité des paysages et l'image de la réserve vis-à-vis du grand public.
Depuis que la Maison de l'Estuaire assure la gestion de la réserve, elle réalise chaque année une à plusieurs opérations de ramassage des déchets
sur des zones relativement inaccessibles où ils s'accumulent (dune, abords du Pont de Normandie, rives de Seine au niveau du 'Banc Herbeux' ou du
marais de la Risle), mais aussi aux endroits où déchets et gravats sont déposés de manière sauvage.
En 2011, la Maison de l'Estuaire a renforcé son programme et organisé plusieurs chantiers de ramassage en faisant intervenir des intérimaires et
même des équipes d'éco-volontaires. Au total près de 50 m3 de déchets ont été ramassés puis retirés du milieu naturel à l'aide
de la traction animale.
Stations d'espèces et habitats
Certains milieux ou espèces végétales présentent un enjeu fort en termes de préservation de la biodiversité et font l'objet d'une gestion spécifique.
Les mégaphorbiaies oligohalines
La mégaphorbiaie subhalophile, présente le long de la route de l'estuaire, constitue un habitat hautement patrimonial, un des plus typiques de
l'estuaire de la Seine. Sa conservation fait partie des priorités du gestionnaire. Elle est d'autant plus importante qu'il subit une dynamique
naturelle forte d'embroussaillement. Il tend à disparaître au profit de bois et de fourrés denses aux intérêts écologiques plus faibles.
La Maison de l'Estuaire a débuté en 2011 un programme d'arrachage des arbustes installés le long de la route de l'estuaire (soit mécanique ou par
traction animale) et de fauche quinquennale.
La station de Liparis de Loesel
Cette petite orchidée qui passe quasiment inaperçue est une espèce hautement patrimoniale. Plante visée par la directive européenne Habitats Faune
Flore de part sa rareté et la disparition de son écosystème - les pannes arrière dunaires - le Liparis de Loesel fait aussi l'objet d'un
Plan National d'Action en faveur de sa conservation. Or l'estuaire de la Seine représente l'unique site de Haute-Normandie où l'espèce est recensée.
Toutes les attentions sont donc portées pour lui garantir des conditions écologiques optimales : suivi annuel de la station par le
Conservatoire Botanique de Bailleul, lutte contre l'embroussaillement et contre les espèces envahissantes
(verge d'or), arasement localisé et superficiel du sol et mise en place prochaine d'un pâturage extensif par les vaches Highland cattle.
Les stations de Baldéllie fausse renoncule Baldellia ranunculoides
Cette plante aux jolies fleurs blanc-rosé est protégée au niveau régional du fait de sa rareté. Elle pousse sur les berges douces de certaines
mares de chasse aménagées au milieu des prairies humides. Afin de conserver la population qui compte plusieurs stations sur la réserve naturelle,
la Maison de l'Estuaire réalise des suivis réguliers et oriente si besoin les travaux réalisés dans le cadre de l'entretien des mares de chasse.
Les stations d'espèces exotiques envahissantes comme la Renouée du Japon, la Verge d'Or ou le Baccharis
A l'inverse, le gestionnaire cherche à lutter contre les espèces exotiques envahissantes (16 espèces au total), qui menacent à des degrés variés
les écosystèmes de la réserve. Cette opération doit permettre de préserver et de restaurater les milieux naturels patrimoniaux menacés par ces
espèces. Leur caractère envahissant tient de leur capacité à coloniser rapidement les milieux (en détériorant leur fonctionnement) et de s'y
maintenir au détriment des espèces locales, parfois patrimoniales, grâce à diverses adaptations et capacités spécifiques (caractère pionnier,
production massive de graines, systèmes racinaires puissants, fort potentiel de régénération, grande tolérance au stress). Ces diverses stratégies
en font des plantes difficiles à éliminer même par des méthodes radicales...
Les moyens d'élimination sont définis en fonction de l'écologie de chaque espèce et de celles des milieux colonisés. Ils intègrent aussi des
critères techniques et économiques, comme l'investissement nécessaire en temps, main d'oeuvre et argent au regard de leur efficacité.
Après plusieurs expériences infructueuses, certaines techniques portent leurs fruits :
- l'arrachage manuel avec exportation de la verge d'or sur la station du Liparis (chantier réalisé en partenariat avec
les Blongios)
- l'arrachage par traction animale de deux arbustes de Baccharis
- l'étrépage par pelle mécanique
- l'arrachage des racines de renouée à l'aide d'un canadien tracté par cheval suivi d'un ramassage manuel des racines avec exportation
(chantier réalisé en partenariat avec les Blongios)
- l'aspersion d'eau salée doit encore être testée...
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Encadrement des activités
Les activités socio-économiques présentes sur l'espace terrestre de la réserve naturelle - agriculture, coupe de roseau et chasse au
gibier d'eau - contribuent à l'entretien des grands ensembles de prairies humides, de roselières et des mares.
Néanmoins, ces pratiques nécessitent d'être encadrées de manière à ce qu'elles soient compatibles avec les objectifs de conservation de ces
milieux et d'amélioration de leur fonctionnalité.
Pour ce faire, le plan de gestion comporte différents cahiers des charges, que les usagers sont tenus de respecter :
- les cahiers des charges des pratiques agricoles
(option 1,
option 2 ou
MATER) fixent notamment les conditions
de fauche ou de mise en pâture (dates, chargements), les normes de fertilisation et interdisent le labour des prairies, l'utilisation des
produits phytosanitaires ou l'épandage de sous-produits issus du secteur industriel ;
- le cahier des charges de gestion des mares de chasse
limite à une largeur maximale de 30 mètres la bande de
végétation que les chasseurs sont autorisés à faucher autour de la mare, interdit le curage total du plan d'eau ou encore l'utilisation de
produits phytosanitaires ;
- le cahier des charges de gestion de la roselière
définit les zones où les coupeurs sont autorisés à couper le roseau
et fixe notamment la date limite de fauche en hiver ;
- le cahier des charges de gestion des niveaux d'eau
fixe les cotes maximales et minimales des niveaux d'eau à
respecter dans les différents secteurs hydrauliques de la réserve.
Les gardes de la réserve naturelle appuyés par les différents corps de police de l'Etat -ONEMA, ONCFS, gendarmerie- veillent à
leur bonne application et sont susceptibles de dresser des procès verbaux ou de délivrer des timbres amendes en cas de non respect des
prescriptions environnementales.
Malgré ce dispositif, des problématiques font encore débat, comme la gestion des niveaux d'eau ou l'utilisation d'engrais qui contribuent à
une banalisation de la flore des prairies humides.
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